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EXCLUSIF, INTERVIEW DE FRANÇOIS FEUILLET, 3ÈME PARTIE :

“IL FAUT QUE LE PERMIS B ÉVOLUE VERS UNE LIMITATION À 4,25 TONNES”


Source : article du 25/01/2021 paru dans les actualités du site «Esprit Camping-Car»



Suite de notre entretien exclusif avec M. Feuillet, président du Syndicat des Véhicules de Loisirs. Considéré comme l’homme fort du secteur en Europe, François Feuillet se livre pour Esprit Camping-Car. Interview, troisième et dernière partie.




ECC : Que pensez-vous des solutions d’accueil comme Camping-Car Park par exemple ou d’une solution complètement différente comme France Passion ?


François Feuillet : Je suis extrêmement favorable au discours de France Passion parce que c’est gratuit, que ça permet au camping-cariste de se rapprocher de ses racines, du territoire qui est vrai. Cela permet aux petits artisans, viticulteurs, agriculteurs de trouver un débouché sur des particuliers qu’ils n’auraient pas touchés autrement. Si une entreprise fait des confitures, elle en vendra aux camping-caristes qui ont stationnés gratuitement. Cette idée est très bonne, j’en étais d’ailleurs à l’origine. En tant président d’UNIVDL, on a financé le démarrage de cette entité. On a été entièrement remboursé des fonds qu’on avait apporté pour le démarrage de cette opération. C’est unique, tous nos collègues européens nous envient de France Passion. C’est formidable.


Camping-Car Park est, au pire, un système qui ne peut fonctionner que par l’interdiction de stationner. Les camping-caristes sont contre.


ECC : Et Camping-Car Park donc ?


F.F : C’est une idée complètement différente, à l’opposé de France Passion. C’est une manifestation complètement commerciale qui passe par le prélèvement de sommes relativement importantes dans des zones tendues où le stationnement n’est pas facile. Pour rentabiliser cette entreprise, les gestionnaires de Camping-Car Park ont tendance à demander aux communes de généraliser les interdictions et donc de limiter la liberté aux seuls stationnements de Camping-Car Park, ainsi de façon à assurer à cette entreprise une rentabilité extrême avec une fréquentation importante.


Si vous avez Camping-Car Park dans une zone où on peut stationner librement 10 mois/an, il gagnera sans doute de l’argent en juillet/août mais en perdra beaucoup les dix mois qui suivants. Donc, soit poussées par CCP, soit par elles-mêmes, les communes pensent qu’en mettant un Camping-Car Park elles peuvent se permettre d’interdire le stationnement ailleurs dans la commune. Et ça, ce n’est pas bon du tout pour le camping-cariste et donc pas bon pour les constructeurs de camping-cars.


ECC : Est-ce un effet pervers finalement ?


F.F : C’est au mieux un effet pervers en effet, au pire un système qui ne peut que fonctionner que par l’interdiction de stationner. Tous les camping-caristes sont contre CCP car ils ont bien compris que l’extension des interdictions est liée à l’expansion des zones de stationnement payantes de CCP.


ECC : Le problème du stationnement reste donc entier ?


F.F : Les interdictions de stationner, c’est très compliqué. On peut penser que le camping-cariste qui paye son véhicule 60.000€ peut, ensuite, mettre quelques Euros pour stationner la nuit. Mais ce n’est pas totalement vrai, car, même à 60.000€, ce sont souvent des ménages modestes, avec une petite retraite ou des revenus faibles. En achetant un camping-car, ils s’ajoutent une dépense mensuelle. On dit qu’en camping-car, on ne dépense pas plus qu’à la maison. Si on met des droits de stationnement, donc on diminue cet avantage. Cela peut porter un coup fatal à l’usage du camping-car. Il faut être extrêmement attentif à l’usage de cette société.


ECC : Quelle est votre vision, aujourd’hui, du camping-car du futur ?


F.F. : Je ne le vois pas bien. C’est assez facile de faire des prévisions en se basant sur les années qui viennent de s’écouler. C’est plus difficile de prévoir une rupture. Mais rupture il y a aujourd’hui par la nécessité de vouloir préserver la planète. C’est l’interdiction du diesel, ou d’autres éléments de ce genre qui vont arriver dans tous les pays européens et être pris en compte par tous les gouvernements. Technologiquement, quel sera le saut pour que le camping-car puisse continuer à fonctionnement à partir du moment où on abordera l’idée d’un moteur qui ne roule pas en diesel.


J’ai bon espoir de trouver une solution à l’uniformisation des permis de conduire à l’échelle européenne.


ECC : C’est une problématique importante actuellement, notamment en raison des idées de Malus qui peuvent survenir, comme c’est déjà arrivé dans d’autres pays européens ?


F.F : C’est en effet un souci. C’est arrivée en Suède dernièrement, le marché y a subi une forte baisse. C’est aussi arrivé en Grande-Bretagne, mais on a expliqué au gouvernement tout ce que je viens de vous dire, que le camping-car ne polluait pas. Le gouvernement nous a écouté en supprimant le malus sur le camping-car. Il est même allé plus loin en instaurant une taxe à l’immatriculation réduite de 50%. Mais c’est vrai que ça peut être tentant de taxer le camping-car en fonction de la pollution. C’est compliqué.


Dans le futur, sans aucun doute que le camping-car sera électrique. Mais du coup, il prendra 500 kilos de piles pour un usage très limité. Les piles, il faudra les mettre quelque part, ce qui remettra en cause les plans d’aménagement et donc la façon dont on travaille actuellement. On s’adaptera, c’est certain. Mais il faut aussi que les permis de conduire B évoluent vers une limitation à 4,250 tonnes de façon à ne pas obliger nos clients assez âgés à ne pas passer un permis PL et une visite médicale tous les six mois.


ECC : C’est également un de vos combats que vous menez pour l’uniformisation des permis de conduire à l’échelle européenne…


F.F : Sans grand succès pour le moment, mais j’ai bon espoir car la fenêtre sur l’uniformisation des permis de conduire s’ouvre tous les 12/14 ans. Au niveau de la commission européenne, ils sont actifs sur une période, puis referment le dossier pour une dizaine d’année. Ensuite, cela revient sur la table et on obtient quelque chose. Les dernières améliorations portaient sur la traction des caravanes et des remorques ainsi que sur le permis C1.


Là, il se passe quelque chose car il va falloir prendre en compte l’électrification des camionnettes. Elle peut se faire sur la diminution de la charge utile de 500kilos, mais nous, comme notre charge utile est plus faible car on met notre maison dedans. Là, ces 500 kilos sont nécessaires pour mettre les piles. En ajoutant de la technologie dans le camping-car, ce sera un grand pas. Il faut trouver où réduire les poids. Les choses ont évolué. Maintenant, il y a les ordinateurs, internet, on veut regarder des matches de football n’importe où. Il y aura des évolutions dans les équipements, c’est certain. Mais c’est difficile de prévoir ce qui arrivera.


ECC : Une dernière question, à titre personnel, de par votre expérience, quel serait pour vous le camping-car ?


F.F : Aujourd’hui, ça dépend des temps de la vie. Quand vous êtes âgés et que vous partez régulièrement avec vos petits-enfants, le camping-car idéal est une capucine avec des lits superposés à l’arrière où le grand-père et la grand-mère dorment. Ça permet d’avoir deux coins distincts et de vivre tranquillement, plus facilement sur un profilé avec un lit de pavillon. Si mes petits enfants ont grandi et qu’ils n’en ont plus rien à faire du camping-car, je vous dirais que c’est un van qui présente toutes les fonctions essentielles, sur une surface réduite, avec des facilités de stationnement relativement importantes

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