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La débrouille des camping-caristes face au prix du carburant

Source : Courrier Picard Mis en ligne le 14/04/2022 à 10:36

AFP

Moyen économique de partir en vacances, le camping-car l’est nettement moins avec la flambée des prix à la pompe. Mais pas de quoi décourager ses inconditionnels.


«De vie de camping-cariste, on a jamais vu l’essence aussi chère»: comme Bernard Jacob, les aficionados des camping-cars, vans ou fourgons sont particulièrement touchés par la flambée du prix des carburants, mais comptent sur «la débrouille» pour sauver leurs vacances nomades.


Pompe à la main, le septuagénaire regarde défiler -beaucoup trop rapidement- les chiffres de l’addition salée qu’il devra régler pour son demi-plein de gazole. «Là on a fait 40 litres pour 77,43 euros», commente-t-il, «Avant on aurait fait 40 litres pour environ 60 euros».

Pourtant, cette petite station-service de Lurcy-Levis, au fin fond de l’Allier, affiche 1,902 euro/litre, un prix moins élevé que nombre de ses concurrentes. «C’est une catastrophe, cette augmentation du prix de l’essence», commente un Bernard rieur, que rien ne semble abattre.


Cette flambée, déclenchée en partie par les sanctions économiques en réaction à l’invasion russe en Ukraine, touche plus durement le budget de ces vacanciers nomades, d’autant que leurs lourds camping-cars consomment deux fois plus qu’une voiture.

«Ça commence vraiment à piquer, on se pose la question, est-ce que ça devient pas un luxe de voyager de cette manière ?», s’interroge Simon Daval, 34 ans, qui parcourt l’Europe en camping-car avec sa compagne et dont les aventures sont suivies par 50.000 personnes sur leur chaine Youtube «Péripléties».

«De base, le camping-car est vu comme un mode de vacances économique, mais si ça continue comme ça, il y a de quoi cogiter», confirme Pauline Moiret-Brasier dans une de leurs vidéos où des centaines de camping-caristes partagent leurs craintes. Cela survient alors que les vacances en camping-cars, vans et fourgons aménagés -équivalents plus prisés des jeunes grâce à leur popularité sur les réseaux sociaux- bénéficient d’un regain d’intérêt depuis l’épidémie de Covid-19 et le retour en force des vacances locales.


Côté loueurs, la hausse du prix à la pompe se fait aussi déjà sentir. «On a constaté quelques annulations au moment où le pétrole était vraiment très cher», a indiqué à l’AFP Augustin Boyer, directeur du loueur WeVan. Mais l’effet «le plus massif, c’est plutôt dans l’attentisme, dans les réservations qui n’ont pas eu lieu», affirme-t-il, avec une baisse des demandes de devis. «Cette situation gelée nous fait un peu revivre la crise du Covid», soupire-t-il, même si une amélioration s’est dessinée depuis l’entrée en vigueur début avril d’une réduction de 15 centimes à la pompe.


Mais pour la large majorité qui possède son propre véhicule, se détourner de ces vacances après l’investissement initial est plus difficile. «Bien que les gens râlent, ils y vont», affirme à l’AFP Christian Millot, vice-président de la Fédération française des associations et clubs de camping-cars. «Dans mon club, j’ai surtout des gens qui me disent on diminue les dépenses annexes par rapport au prix du gasoil, vu qu’on ne veut pas diminuer les kilomètres qu’on fait+», précise-t-il, posant fièrement devant son pare-brise décoré d’une myriade de petites peluches.

«On fonctionne par demi-plein pour avoir le temps de trouver une station intéressante», confirme Bernard Jacob, qui sillonne toujours la France grâce «à la débrouille». Sa technique ? «On utilise des applications, comme Essence Eco, Fuel Flash ou Carburant moins cher pour trouver les meilleures stations», explique-t-il, agitant son téléphone.

«Vu les prix du carburant, on va rogner sur d’autres choses, comme les sorties», ajoute Michel Couturier, retraité de 80 ans. «On va peut-être aller un peu moins au restaurant», confirme sa femme Marie-Madeleine, 73 ans.

Assise à la table modulable de leur spacieux véhicule, la camping-cariste aguerrie pense à «ceux qui sont plus juste niveau finances», estimant que beaucoup «iront moins loin» ou se passeront «des campings ou aires payantes».

«L’avenir de nos voyages en camping-car n’est pas tout gris», nuance Pauline Moiret-Brasier, «il reste toujours des moyens de partir à l’aventure en réduisant notre consommation». Grâce à l’écoconduite, elle explique l’avoir réduite de quatre litres au cent, économisant ainsi l’équivalent de «800 euros par an».

D’autres aficionados évoquent la possibilité de partir moins souvent ou de rouler moins vite. Mais tous sont d’accord sur une chose: «Malgré tout, nous sortirons !», s’exclame Michel Couturier, «Nous sommes camping-caristes pour ce sentiment de liberté et ça nous manquerait trop !».

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